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Contre-sommet de Vichy

Contre-sommet de Vichy

Photographe : Julie Rebouillat - Publié le 26 novembre 2008.

Mots clefs liés : contre-sommets migrations

Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête. (Victor Hugo)

3 Novembre 2008, Vichy, France.

L’espace d’une soirée, la petite ville de Vichy a repris vie et eut l’occasion inédite de devenir le théâtre d’un spectacle comme il s’en fait lorsque des forces contestataires et créatrices se concentrent en un lieu pour mettre à la lumière des projecteurs leur colère trop longtemps contenue.

La symbolique du lieu n’eut pas à être rappelée, car chacun se souvient du lourd passé de la ville. En réalité, le décor n’attendait que ses acteurs, réunis là à l’appel du ministre de l’immigration B.Hortefeux, véritable chef d’orchestre de la provocation étatique. Dés le hall de la gare, on pouvait voir l’affiche de ce spectacle d’un nouveau genre : « sommet européen sur l’intégration ».

Dépassant toutes les espérances, ce sont près de 2000 interprètes qui ont répondu à l’appel, dans le but de défiler en sons et lumières à travers la ville auvergnate. Masques, fumigènes, banderoles, instruments et artifices, tous les ingrédients étaient réunis pour réaliser une fresque digne des plus beaux carnavals…

Le départ fut donné autour de 18 heures dans la proche banlieue de Cusset. Etait présent l’ensemble du panel des organisations humanitaires, sociales et politiques, les personnes sensibles à la question de l’immigration, ainsi qu’un certain nombre d’"autonomes", plus ou moins organisés en fonction de leurs villes de provenance. Il y avait même là des éléments socio-démocrates… Qui osera dire après que la gauche est sclérosée et sectaire ?

Sous la lumière rouge des fumigènes, le cortège s’est ébranlé, faisant résonner dans les rues les slogans contre la fermeture des frontières, l’enfermement et l’expulsion des étrangers, pour la liberté de circuler et la régularisation des sans papiers. On pouvait également entendre les slogans no borders, exigeant l’abolition des frontières et des nations, la suppression des papiers et la destruction des centres de rétention, ainsi que quelques cris antifascistes et internationalistes, qui osaient défier le légalisme affiché des organisations reconnues par le Journal Officiel. On peut le dire : tout ça avait de la gueule !

Arrivée rue de Paris, la manifestation s’est retrouvée bloquée par une rangée de gardes mobiles retranchés derrière des grilles anti-émeute. Ainsi assimilés à des émeutiers, les « légaux » ont dû se sentir bien contrariés d’êtres stoppés alors qu’ils suivaient le parcours négocié avec le préfet. L’Etat, encore une fois, viole ses engagements sans chercher à s’en justifier à posteriori. Trop de masques noirs et de fumigènes sans doute…

Tout était organisé de façon à ce que la radicalité s’exprime et celle-ci ne s’est pas fait prier. Un caddie rempli de confitures et autres condiments-projectiles, ainsi que des cordes, il y avait de quoi prendre d’assaut les gardes mobiles, ce qui s’est produit très rapidement. Jets de projectiles. Réponse lacrymogène. Brouillard opaque et mouvements de fuite. La rue de Paris se change instantanément en champ de bataille et bientôt les voitures de particuliers sont mises au service de la révolte, placées sur la chaussée et enflammées…

Toute la suite ne fut qu’un long refoulement de la part des gardes mobiles qui ont repoussé les énervés jusqu’à Cusset, où la BAC a pris le relais, avec casques et flashballs, alors que la tension était retombée et que plus aucun « retour de mobilisation » n’était envisageable. Ce sommet était décidément placé sous le signe de la provocation.

Alors que les « vieux démocrates » suivaient les débats à l’intérieur de la salle des meetings réservée par RESF, les « jeunes libertaires » se recevaient des balles de caoutchouc juste devant les grilles de l’espace Chambon. Indifférence, mépris, incompréhension, tout semblait à l’image des rapports sociaux et intergénérationnels contemporains. Aux sons de la violence policière, le parterre de « légaux » présents dans la salle a répondu par un mur de silence et d’insensibilité. Pour peu, on aurait entendu dire que c’était « bien fait » pour ceux qui étaient arrêtés : un comble de la part des habituels tenants de la solidarité envers les victimes de la répression policière !

Au final, alors que les pompiers éteignaient les dernières poubelles et que les casques de la BAC reflétaient les spots de l’helicoptère de surveillance, alors que les plus âgés regagnaient leurs voitures et les jeunes leurs autocars, l’heure était déjà au bilan…

Trente personnes arrêtées, dont au moins une avec violences, un certain nombre de vitrines dévastées, des voitures incendiées… Finalement, Vichy n’aura été qu’un moment d’impertinence où le fossé entre les gouvernants et les gouvernés, ainsi que celui entre la réalité et le discours des médias, ont été surpris en flagrant délit !

Hortefeux peut s’en réjouir, car sa « boîte à outils » pour « l’intégration », qui désigne en réalité les moyens d’assujettir l’intégration à la maîtrise froide des flux migratoires, est passée sans bruit et sans odeur…

Texte : Eunous
 Photos : Julie Rebouillat


 
 

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