Photographe : Pierre Morel - Publié le 16 juin 2007.
Mots clefs liés : manifestations contre-sommets Chronique d’un contre G8
Samedi 2 juin à Rostock. Temps très gris. Quelques gouttes. Les activistes débarquent par centaines dans la ville et vont remplir les différents lieux possibles : camps, media- centers, places…
Ce 2 juin marque le début du contre sommet. C’est également le jour de la grande manifestation internationale contre le G8 et son monde. De nombreuses personnes ont fait le déplacement pour cela. Beaucoup d’allemands. Mais aussi des français, des anglais et d’autres nationalités venues pour le week end. Tous ne peuvent pas et parfois ne veulent pas rester pour les autres actions plus radicales de blocages et d’actions directes.
Cette manifestation internationale avait 2 départs, l’un à la gare de Rostock et l’autre au nord de la ville. Les 2 cortèges se rejoignant sur l’esplanade du port où étaient installés une scène et divers stands. Si la manifestation s’est déroulée dans une ambiance festive bonne enfant sous une escorte policière extrêment importante. (des voitures de la Polizei à chaque coins de rues, des hélicoptères, des véhicules lourds blindés…), il en est tout autre du rassemblement sur le port où se sont retrouvées près de 60 000 personnes. Pendant plus de 4 heures, de très nombreux manifestants et policiers s’affronteront. Parfois avec une extrême violence. Les policiers allemands semblaient désorganisés et totalement impuissants. Ils ne pouvaient faire évacuer la place (des discours et un concert s’y tenaient et c’était prendre le risque de noyade ou de mouvement de panique). Les policiers ont agi en petits groupes, en chargeant, en intimidant et surtout en se faisant charger de très nombreuses fois par les manifestants : de manière non-violente (en utilisant la pression de la foule qui levait les bras en l’air en criant « go home » en allemand) ou de manière plus violente (à coup de pavés récupérés sur place). Les policiers infiltreront plusieurs fois la foule pour procéder à des arrestations rapides, à chaque fois sous les huées des manifestants présents.
Ces violences marqueront cette journée (et l’actualité médiatique). Ce qui fut surprenant c’est la radicalité globale vers laquelle tend une majorité des manifestants. S’il y a une différence entre ceux qui usent de la violence et d’autres pas, il y en a de moins en moins sur les rapports face à la police et sur la nécessité d’agir par l’action directe, la résistance. Ainsi tout l’après-midi, la mise en déroute relative de la police est aussi bien due au 2000 agitateurs que mentionne cette dernière qu’aux 60 000 autres manifestants qui se sont opposés à des arrestations, qui ont montré leur mécontentement et qui ont crié leur rage. Cela marque selon moi un tournant : Les voix traditionnelles d’expressions républicaines et démocratiques sont définitivement obsolètes, inefficaces et donc dangereuses.
Quoi qu’il en soit, cet après- midi avait tout d’irréel : les policiers fuyaient, revenaient, se faisaient encercler, les pompiers étaient caillassés. Le concert de musique continuait alors que les policiers chargeaient la foule à une centaine de mètres de la scène. Bref, une atmosphère assez étrange pour une police dont on a du mal à saisir le jeu et la façon d’agir.
Reste que les arrestations elles, ne sont pas irréelles. 200 personnes ont voulu manifester ce soir devant le commissariat de la ville mais en ont été empêchées par la Police.
Ce soir j’écris depuis le media- center du Centre de Convergence où sont des ordinateurs, internet, le wifi, un buffet à prix libre et de la documentation (il en existe également un en centre ville). Plusieurs personnes s’activent pour diffuser, sons, textes, vidéos et photos de la journée sur les différents réseaux. L’information tourne rapidement, laissant ainsi un maximum de temps à l’action et à l’expérimentation. Il est 3 heures du matin, je file me coucher, le G8 est extrêmement prenant, alors prenons-le !
Toujours plus d’infos sur ce qui se passe ici : Indymedia Allemagne.